vendredi, 3 avril, 2020

Par la force des choses, les habitants des pays émergents ont acquis une vraie culture du bricolage. Gros plan sur quatre inventions low-tech sobres en énergie, mais riches en matière grise.

L’Hippo Roller Water

Chercher de l’eau est tâche aliénante qui consume la vie de près de huit millions de personnes sur la planète. Il s’agit généralement de femmes et d’enfants qui doivent parcourir quotidiennement plusieurs kilomètres avec des seaux pour s’approvisionner, faute de réseau de distribution en eau potable.

Pour résoudre ce problème, Pettie Petzer et Johan Jonke ont mis au point en 1991 un appareil low-tech qui facilitait grandement le transport de l’eau, même sur des terrains difficiles. L’invention de ces deux Sud-Africains est vraiment bien conçue. Il s’agit d’un conteneur cylindrique de 90 litres qui, une fois rempli, bascule sur le côté. Une fois dans cette position, il devient très facile à déplacer – un enfant ou un vieillard peut y arriver. En effet, une poignée permet de pousser facilement sur de longues distances ce bidon qui roule sur son axe. Certains diront que les concepteurs de l’Hippo Roller Water ont juste réinventé la roue.

Néanmoins, cette citerne-brouette, qui peut sembler désuète à première vue, à améliorer le quotidien de près de 300 000 personnes sur la planète. En effet, elle a considérablement raccourci la durée des trajets jusqu’aux points d’eau, libérant du temps pour autre chose. Par exemple, pour l’école.

Aujourd’hui, l’Hippo Roller Water est utilisé dans 21 pays Afrique. Cerise sur le gâteau, ce bidon roulant n’enregistre pas les données personnelles de ses utilisateurs à leur insu.

Le réfrigérateur Mitti Cool

Mitti CoolÀ quelque chose malheur est bon. Avec Mansukh Prajapati, ce vieux proverbe prend tout son sens. En effet, l’atelier de poterie de cet entrepreneur indien a été complètement détruit par un tremblement de terre en 2001. Or, en voyant toutes ses jarres brisées, ce potier eut l’idée de créer un réfrigérateur en argile plutôt que de se morfondre. Après quatre ans de travail, le Mitti Cool est né. Totalement autonome, cet appareil low-tech fonctionne sans électricité.
Son principe de fonctionnement est simple. Il s’agit d’un frigo berbère à la sauce indienne. Autrement dit, c’est l’eau stockée dans un compartiment du dispositif qui, en s’évaporant, tempère les aliments qui sont à l’intérieur. Cette chambre froide permet de produire une température de 15 à 20°C inférieure à celle de l’extérieur. Cela peut paraître insignifiant, mais en Inde, le mercure dépasse souvent les 50°C. De ce fait, le Mitti Cool a changé la vie de près 500 millions de personnes, car dans les zones rurales, de nombreux Indiens n’ont pas accès à l’électricité. Il permet de conserver efficacement les aliments, même dans les territoires dépourvus d’infrastructures.

D’ailleurs, ce frigo est devenu un best-seller en Inde. De là, à conquérir le monde ? Alors que la mode de vie occidental semble de moins en moins soutenable, ce frigo en terre pourrait être une véritable source d’inspiration. Avec le Mitti Cool, pas de soucis d’obsolescence programmée !

Le foldscope

FoldscopeLes microscopes high tech sont inutilisables dans les zones rurales des pays en développement. Très efficaces dans les laboratoires d’analyse, ils deviennent inopérants dans la brousse, où ils sont difficiles à transporter et à entretenir. De plus, ils coûtent extrêmement cher. Pourtant, il existe de nombreuses maladies infectieuses dans ces régions.

Pour les diagnostiquer, Manu Prakash, un chercheur indien de l’université Standford, aux États-Unis, a eu l’idée géniale de créer un microscope en papier. Cet appareil minimaliste, baptisé le foldscope, contient tous les composants essentiels d’un véritable instrument de laboratoire. Il comprend une lentille, une LED, une pile plate et une lamelle, le tout encastré dans un support en carton prédécoupé. Son prix est également minimal, puisqu’il ne coûte qu’un euro.

Néanmoins, malgré sa petite taille, il permet de grossir jusqu’à 2 000 fois. Un grossissement suffisant pour détecter les principales infections qui frappent les populations locales, comme la malaria, la tuberculose ou la schistosomiase, une maladie tropicale causée par un ver.

Le poêle Darfour

Poêle Berkeley DarfourDans de nombreuses régions d’Afrique, la déforestation est un véritable fléau. Très difficile à endiguer, elle a un impact sur la planète entière, puisque les forêts primaires permettent de fixer le CO2 présent dans l’atmosphère. Or, ce gaz à effet de serre est responsable en partie du réchauffement climatique. Pour mieux valoriser le combustible et protéger les populations des pollutions issues des feux ouverts, un laboratoire américain basé à Berkeley a créé un rocket stove baptisé le poêle Darfour.

L’originalité de ce dispositif réside dans sa capacité à produire une combustion complète du bois de chauffage. L’intérêt est double : mieux valoriser le bois de chauffage et brûler les particules fines générées par les combustions incomplètes.

La quête de bois est une tâche aliénante pour des millions d’individus sur le continent africain. Elle expose particulièrement les femmes et les enfants à qui incombe cette corvée. En effet, le ramassage du petit bois s’effectue souvent dans des territoires ravagés par la guerre.

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